vendredi, 17 août 2018|

8 visiteurs en ce moment

 

Faut-il sauver le soldat AREVA ?

Le feuilleton a pris naissance en 2003 avec la signature par Areva d’un contrat de trois milliards d’euros par lequel l’entreprise s’engageait à réaliser un tout premier EPR en Finlande. Treize ans après, le chantier est toujours en cours et le coût de l’opération a été multiplié par trois pour atteindre neuf milliards  ! Entre-temps Atomic-Anne (entendez Anne Lauvergeon, PDG du groupe) a été débarquée avec pertes et fracas en 2011. Pourquoi  ? Il lui est notamment reproché l’achat inconsidéré par Areva en 2007 pour 2,5 milliards de dollars d’Uramin, une firme propriétaire de trois mines d’uranium en Namibie, en Afrique du Sud et en République Centrafricaine. Or à ce jour aucune d’elles n’a jamais produit le moindre gramme d’uranium nucléarisable  ! 1,8 milliard de la mise initiale s’étant volatilisé sans laisser d’adresse, une enquête a été diligentée par le juge Van Ruynbecke. Incompétence et déboires Toujours en cours, celle-ci a déjà révélé  : 1) que le mari de Mme Lauvergeon, Olivier Fric (çà ne s’invente pas  !) aurait peu avant l’achat d’Uramin fait l’acquisition de 326 000 actions de l’entreprise. Ce qui évidemment relèverait moins du hasard que du délit d’initié. 2) quant au 1,8 milliard de dollars évanouis dans la nature, il aurait pu être englouti dans des pots-de-vin offerts à des personnalités sud-africaines susceptibles d’interférer favorablement dans l’achat par leur pays à la France de douze réacteurs nucléaires. Tout ceci bien sûr reste à prouver, mais a donc déjà valu à Atomic-Anne sa brutale sortie de route. 3) les dérives précitées et quelques autres imputées à Areva dans une tentative de stockage de produits radioactifs déclassés particulièrement onéreuse de Tchernobyl dénotent à tout le moins l’incompétence flagrante du groupe “leader mondial du nucléaire” et l’incapacité de l’État français à contrôler les agissements de ses dirigeants. Surtout elles ont pour résultat de plomber le bilan financier du groupe. Suite à ces dérèglements, les pertes d’Areva sont actuellement évaluées à quelque 10 milliards d’euros. Comme la firme est détenue à 87 % par l’État, cela signifie concrètement que ce sont les contribuables qui vont devoir mettre la main à la poche pour éponger la dette. À plus forte raison parce que le gouvernement a intimé à EDF l’ordre de voler au secours de son partenaire historique, lequel devra se séparer de quelque 6 000 de ses salariés dans le monde pour atténuer l’addition. EDF entraînée dans la débâcle Un malheur n’arrivant jamais seul, EDF a été boutée hors du CAC 40, l’indice de bonne santé des entreprises de haut niveau. En cause là aussi, des résultats financiers en berne. En une année (2015), le titre EDF a perdu quelque 43 % de sa valeur boursière, l’action retombant à moins de 13 euros. L’illustration en somme des graves difficultés que rencontre le premier électricien du monde. Non seulement il lui faut assumer, comme dit, la débâcle d’Areva au moins à hauteur de 2 milliards d’euros, mais il lui faudra s’endetter à hauteur de 50 autres milliards (100 estime la Cour des Comptes) pour mettre à niveau les 58 réacteurs en service au titre du “grand carénage” post-Fukushima. S’y ajoutent les retards accumulés par l’EPR finlandais et celui de Flamanville, le centre de stockage de Bure (projet Cigeo), les perspectives de démantèlement des réacteurs vieillissants (dont les quatre premiers gravelinois) pour lequel il se dit que le provisionnement que devait assurer EDF ne serait pas suffisant, son engagement à construire deux autres EPR à Hinkley Point en Grande-Bretagne (16 milliards d’euros). Cette dernière aventure programmée a provoqué des remous au sein même de l’état-major de l’électricien, puisque le 3 mars dernier le directeur financier de l’entreprise a démissionné de son poste. Il est vrai qu’au vu des aléas de la construction des EPR, on conçoit qu’il ne tienne pas à porter un jour le chapeau d’un nouvel échec industriel… Bref, ce n’est pas encore la Bérézina, mais ça lui ressemble, d’autant que les plus fidèles alliés d’EDF, ses obligés œuvrant dans les centrales commencent eux-mêmes à se poser des questions, à douter. Il est vrai – et c’est la première fois que cela lui arrive – le groupe a annoncé la mise en place d’un plan social se soldant par la suppression de 3 500 postes.

Faire du neuf avec du vieux  ? Il est donc clair qu’après avoir longtemps affiché ses certitudes, joué les premiers rôles auprès des gouvernants et éclaboussé son entourage de ses libéralités, le premier électricien mondial est désormais sous pression. D’où cette volonté affichée, faute de pouvoir avec son endettement de 37 milliards d’euros faire du neuf, de prolonger autant que faire se peut l’exploitation des réacteurs en activité. À l’origine, ils ont été conçus pour produire pendant trente ans. Qu’à cela ne tienne  : l’électricien compte pousser les feux de ses réacteurs jusqu’à 60 ans  ! Que la centrale gravelinoise soit l’une des rares à avoir été construite dans un polder au ras des flots, que le voisinage de la mer constitue un facteur aggravant de corrosion des installations, que cuves des réacteurs et enceintes de confinement, éléments essentiels de la production d’énergie ne sont pas remplaçables en cas de dégradations, qu’une catastrophe de type Fukushima stériliserait toute la Flandre maritime, ruinerait son économie, obligerait les survivants à quitter leurs maisons pour migrer on ne sait où, EDF n’en a cure. Peut-on encore faire confiance aveuglément à une entreprise qui joue la carte du vieillissement alors qu’elle n’en a plus les moyens, sauf à imposer à ses chers clients une facture à régler de moins en moins supportable  ? Jean Sename

 
A propos de adelfa.org
Ce site web est édité par l’Assemblée de Défense de l’Environnement du Littoral Flandres Artois, représenté par son Président, Nicolas Fournier. ADELFA Maison de l’environnement - 59240 Dunkerque Ce document est diffusé selon les termes de la license BY-NC-ND du Creative Commons. Vous êtes libres de (...)
En savoir plus »