mardi, 19 juin 2018|

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Les Moëres ou le syndrome de Xynthia

Si la Flandre maritime se situe au niveau de la mer, les Moëres pour leur part se situent plus bas que le niveau des basses mers, ce que nous rappelait, il y a peu encore, le panneau indicateur d’entrée de village avec son altitude de moins 2,50 m.

Et alors que le GIEC nous alerte depuis 25 ans sur les effets et conséquences prévisibles du réchauffement climatique, cela n’a pas empêché cette commune de décider la construction de deux lotissements importants en 2008, soit 64 habitations, un chiffre considérable au regard de sa population initiale d’environ 700 habitants.

Officiellement une inondation est provoquée par la crue d’une rivière, or il n’en passe pas aux Moëres. Aussi les permis de construire ont-ils été accordés et validés de surcroît par les autorités administratives. À l’époque différentes associations avaient bien interpellé les autorités au regard de ce programme de construction irresponsable, mais rien n’y fit, tout était réglementaire. Circulez, y’a rien à voir  !

Une zone particulièrement menacée

Jusqu’à aujourd’hui, hormis les inondations volontaires réalisées lors des différentes guerres, les Moëres n’ont pas subi “d’inondation”, convaincues de l’efficacité et infaillibilité de leurs stations de pompage électriques.

À ce sujet, il est bon de rappeler que cette zone qui fut un lac pendant des siècles, n’est hors d’eau que parce que des pompes relèvent les eaux, et cela en plusieurs étapes.

La première consiste à relever les eaux des Moëres pour les rejeter dans le Ringslot, dont les différents collecteurs se rejoignent ensuite dans le canal des Moëres arrivant au complexe des 4 écluses. Or les 4 écluses constituent un goulet incontournable, où les eaux plus basses que le canal exutoire ont besoin d’être de nouveau relevées avec une capacité de pompage maximale de 12 m3/seconde.

Enfin, une fois dans le canal exutoire les eaux peuvent être relâchées en mer à marée basse, ou doivent encore être pompées (à marée haute) lors des phénomènes de crue.

Un rapide calcul permet de voir qu’en cas de précipitation de 35 mm en 24h sur les 3 000 Ha des Moëres (ce qui arrive de plus en plus souvent, avec même des précipitations encore supérieures), les capacités maximales de pompage seront atteintes, ce qui entraînera des inondations dans le secteur des Moëres, et tout le monde l’aura compris  : «  pomper n’est pas évacuer à la mer » car l’eau est têtue et cherche à s’étaler.

Le précédent vendéen

La situation des Moëres et son contexte de construction à tout va, et contre tout bon sens élémentaire et sans que personne n’ait rien eu à redire (hormis le sous-préfet en poste à l’époque) nous plonge dans le syndrome de Xynthia.

Tant qu’il ne se passe rien, tout va bien. Il en était ainsi à La Faute-sur-Mer et L’Aiguillon, communes entrées de triste mémoire dans la liste des catastrophes majeures lorsque la tempête Xynthia de février 2010 a provoqué une submersion marine entraînant une quarantaine de morts. Et pourtant ce drame était prévisible, car les différentes autorités administratives avaient autorisé la construction de lotissements dans des zones inondables et submersibles à risque très élevé.

Assurément le chemin d’ici 2100 est encore long, où le GIEC nous annonce une élévation de la mer d’un mètre, qui contrariera grandement l’évacuation des eaux intérieures. De même nous n’en sommes qu’au début des phénomènes de fortes précipitations hivernales où Météo France annonce que ces dernières augmenteront de 15 à 40% d’ici 2050.

Bref toutes les conditions sont réunies pour que les habitants des Moëres connaissent à l’avenir des inondations.

A.V.

 
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