vendredi, 21 septembre 2018|

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Les sternes naines du Clipon

Depuis que l’ornithologie se pratique régulièrement dans notre région, les sternes ne furent longtemps connues que comme des migratrices. Maintenant trois voire quatre espèces nichent. Les sternes sont des oiseaux côtiers effilés au vol gracieux qui plongent pour capturer de petits poissons, essentiellement des lançons. Elles sont blanches avec une calotte noire et leur queue fourchue leur a valu le surnom d’hirondelles de mer.

  • La Sterne caugek est la plus grande. Elle se reproduit à Oye-Plage. Sa calotte se termine par une petite huppe. Son bec noir est terminé de jaune.
  • La Sterne pierregarin est de taille moyenne. Elle s’est installée à Gravelines. Son bec est rouge à pointe noire.
  • Depuis deux ans, elle est rejointe par la très rare Sterne de Dougall, à peine plus petite, au bec noir dont la nidification n’a pas encore été prouvée.
  • Enfin, la Sterne naine occupe le site du Clipon à Loon-Plage. Elle est vraiment très petite. Son front blanc lui a valu son nom scientifique : Sterna albifrons. Son bec est jaune.

Des milieux exceptionnels

À partir des enrochements à la base de la jetée Est de l’avant-port Ouest de Dunkerque, la mer a construit naturellement un banc de galets et de débris de coquillages où les Sternes naines ont pu installer leur nid. D’autres oiseaux dont la reproduction est peu commune en France ont choisi le site pour élever leurs jeunes : le Grand Gravelot, le Gravelot à collier interrompu, l’Huîtrier pie.

Le site comprend aussi des dunes qui abritent une population importante de chenilles le Sphinx de l’euphorbe, des vasières qui attirent les petits échassiers et une plage verte où poussent des végétaux adaptés aux milieux salés tels les salicornes. Tous ces milieux sont exceptionnels dans notre région.

Les premiers indices de reproduction de la Sterne naine datent de 1990. La nidification a été prouvée en 1993. Elle atteint son effectif maximum en 2005 avec près de 400 couples. C’est alors de loin la plus importante colonie de France de cette espèce. Les membres du Groupe Ornithologique et naturaliste du Nord - Pas-de-Calais (GON) constatèrent que d’autres usagers de la plage (promeneurs, pêcheurs, utilisateurs d’engins motorisés, kite surfers…) pouvaient causer un dérangement susceptible d’entraver le succès de la reproduction. Avec l’accord du Port Autonome de Dunkerque (PAD), ils décidèrent très vite d’installer un fil entourant la colonie et de poser des panneaux conseillant de ne pas y pénétrer. Des actes de vandalisme ont été déplorés. Quelques irréductibles n’ont pas tenu compte des recommandations. Mais globalement le système fut efficace et permit à la colonie de prospérer. Les menaces du terminal méthanier

Mais le projet de terminal méthanier apparut et menaça de destruction ce site exceptionnel. Les associations naturalistes locales s’opposèrent immédiatement au projet : le GON, le Clipon (Julien Boulanger, Julien Piette), OCEAMM (Sylvain Pézeril). Elles rédigèrent chacune un cahier d’acteur et participèrent activement aux débats publics. Bien que les questions de sécurité, d’économie et de société ne soient pas de leurs compétences, elles sont intervenues aussi sur ces sujets. Elles se firent entendre aussi dans de multiples réunions dont plusieurs à Paris. Elles montrèrent que la première étude naturaliste du site était pleine d’inexactitudes, que les mesures compensatoires ne permettraient pas de sauver les espèces les plus patrimoniales, que les projets de déplacement des plages vertes et de la colonie de sternes étaient illusoires et donc que le projet de terminal méthanier serait refusé par le CSRPN (conseil scientifique). Le port accepta finalement de modifier ses plans de telle sorte que ni la colonie de sternes ni la plage du Clipon, ses vasières et ses plantes rares, ne soient impactées. Les associations naturalistes n’ont donc malheureusement pas pu empêcher la réalisation du projet mais elles ont au moins réussi à sauvegarder l’essentiel de ce patrimoine naturel remarquable, ce qui était leur rôle…

La construction du terminal entraînera tout de même des destructions d’espèces protégées. Des mesures compensatoires s’imposaient donc : creusement de mares, restauration de pelouses dunaires, création d’une lagune saumâtre et de prairies humides. Pour qu’elles puissent permettre un déplacement des espèces, il fallait que certaines soient réalisées avant que les travaux ne commencent.

Malheureusement, les années 2010 et 2011 furent catastrophiques pour les Sternes naines. Les oiseaux se sont installés mais aucun ne put mener la nidification à bien. En 2011, ils tentèrent de se reproduire sur d’autres sites mais ce fut également un échec. Dans le cas de Grand-Fort-Philippe, il est presque certain que les dérangements par les promeneurs en ont été la cause. Par contre au Clipon, alors que les travaux n’étaient pas commencés et malgré un suivi par de nombreux ornithologues, les raisons avancées pour expliquer ces deux années noires sont multiples mais aucune n’est vraiment probante. Plusieurs concourent probablement ensemble à cette situation. Il est à noter qu’une colonie de goélands proche, que le port devenu GPMD entre-temps (Grand Port Maritime de Dunkerque) avait promis de préserver également a disparu.

Des connaissances scientifiques à préserver

La nidification sur la plage du Clipon, la migration en mer et l’hivernage dans les bassins étaient suivis par les ornithologues depuis des décennies. Il était inconcevable que ces connaissances scientifiques cessent d’exister. Il était surtout indispensable que l’impact des travaux et le succès des mesures compensatoires soient appréciés de façon impartiale. C’est pourquoi le préfet, en même temps qu’il autorisait la construction du terminal, imposait que le travail scientifique puisse continuer. Cet accès au chantier par les ornithologues ne se fit pas sans réticences. Il fallut que les trois associations précitées écrivent chacune au préfet pour que EDF accepte de respecter l’arrêté préfectoral.

Le GPMD y voit par contre une façon d’améliorer son image et les ornithologues ne peuvent qu’être satisfaits de l’accueil qu’ils reçoivent. Il est impossible pour l’instant que la route soit ouverte au public : la taille des engins qui circulent, les risquent d’ensablement… présentent de réels dangers. Le contrôle qui peut s’exercer sur quelques personnes ne pourrait pas s’appliquer à un large public qui viendrait à toute heure.

Mais quand le chantier sera terminé, seules les installations, privées et un périmètre de sécurité ne seront pas accessibles. On a vu que ce site était déjà interdit mais où les travaux n’avaient pas encore commencé que l’avifaune, en l’absence de dérangements avait une richesse exceptionnelle. Il serait bon que la colonie de sternes, la plage verte et la lagune qui sera constituée ne soient visibles qu’à une certaine distance comme dans la plupart des réserves ornithologiques.

On doit regretter que ce projet inutile et dangereux ait vu le jour mais on doit reconnaître une prise en compte des enjeux naturalistes qui n’existait pas dans le passé. Il reste à espérer que la faune et la flore ne pâtiront pas de ces réalisations.

 
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