mercredi, 14 novembre 2018|

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Mardyck : Une oasis perdue au sein d’un no man’s land industriel

Mardyck, petite commune de moins de 400 habitants, encadrée par des usines Seveso seuil haut, cernée ou traversée par un premier gazoduc (en attendant peut-être l’implantation d’un second) et des canalisations porteuses de fluides dangereux, a déjà fait couler beaucoup d’encre et de salive tant sa situation dépasse l’entendement. Eh bien, nous allons poursuivre dans la même voie médiatique.

L’on aurait pu penser en effet que la loi Bachelot, promulguée voici plus de sept ans dans la foulée d’AZF, allait permettre d’avancer sérieusement sur la question controversée de la mise en sécurité de sa population. Il n’en est rien. Pire même, l’extension de l’activité de Polimeri et la promesse de l’arrivée d’un second gazoduc par la face ouest n’ont fait qu’aggraver le mal, quand bien même l’arrêt de fabrication chez Total (sans remise en cause des stockages) pourrait être considéré comme un mieux aller.

« La question n’est plus seulement : tout faire pour éviter d’avoir de mauvaises surprises, mais de se préparer à être surpris. »

Patrick Lagadec, directeur de recherche à l’école polytechnique, expert en gestion des risques technologiques

Sur un territoire où les zones dites létales, c’est-à-dire où les effets d’un accident industriel pourraient être mortels, sont prolongées par des zones où les effets seraient “irréversibles”, on aurait pu également estimer que les Pouvoirs Publics auraient engagé, sans attendre les arrêtés de mise en application des PPRT qui ne sont pas près d’être signés, des procédures (article 5) d’expropriation et que, de leur côté, les familles désireuses de quitter les lieux auraient pu faire valoir leur droit dit de “délaissement”. Des démarches s’inscrivant dans l’esprit de la loi plutôt que relevant de son formalisme. Sept ans après, rien de tout cela ne prend forme. D’une part parce que les autorités apparaissent plus soucieuses de simplifier la vie des industriels que de sauvegarder, en cas de coup dur, celle des administrés. D’autre part, parce que se profile la “redoutable” question de savoir qui va payer. La loi indique que l’indemnisation à octroyer aux habitants expropriés ou désireux de s’installer ailleurs doit faire l’objet d’une convention Etat-collectivité-industriels. Or concrètement chaque entité tend à se refiler “la patate chaude” en sorte que comme chacun peut le constater, dans le village prévaut actuellement le statu quo. L’exemple de Mardyck illustre les difficultés d’application d’un texte législatif à l’échelle d’une toute petite communauté de cent foyers, dont une majorité ne s’estime d’ailleurs pas concernée par… les risques technologiques et industriels (sans doute au nom de “l’acceptabilité sociale”, concept souvent invoqué par les temps qui courent). Qu’en serait-il s’il s’agissait d’envisager le déplacement des résidents d’une collectivité importante située du côté de Feyzin dans “le couloir de la chimie”, en basse Seine ou du côté de Fos-sur-Mer ? Qui disait que promulguer une loi c’est bien, mais que la faire appliquer c’est mieux ?

 
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