vendredi, 21 février 2020|

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Nucléaire, le revers de la médaille

« Gravelines, championne du monde de la production d’électricité… Et cela s’est fait en toute sûreté, sans la moindre émission de CO2 en 30 années de fonctionnement » (VdN 12-09-2010) « EDF est un roc sur lequel l’économie locale pourra continuer de s’appuyer » (id. 06-02-2010) « Aux États-Unis des installations identiques ont franchi le cap des 60 ans. On sait que c’est techniquement possible. Donc nous préparons l’avenir… » (Le Phare 10- 02-2010) « En 2011, la centrale sera dans un état quasi neuf » (Entreprises déc-2008) « L’incident du 9 août ne se reproduira plus » (VdN 09-2009)

Àla centrale nucléaire de Gravelines, on est les champions, y compris en communication. Le directeur de l’établissement est dans ce domaine un “performer”. Il a la foi à soulever les enceintes de confinement et n’hésite pas à pousser à l’occasion le trait, comme le bon M. Coué, quitte à agrémenter son discours de quelques approximations (en italique dans les extraits ci-dessus.) Tout le monde ne partage pas ce bel optimisme. Notamment les personnels des entreprises sous-traitantes, souvent à la peine en ce moment, eux qui effectuent sous la pression des travaux d’entretien ou de remise en état à l’occasion des arrêts de tranche ou de visites décennales. Embauchée par l’une de ces entreprises, Élisabeth Filhol a suivi le parcours de l’un d’entre eux et elle en a fait un ouvrage intitulé tout simplement “la Centrale” (1) Cela se lit comme un roman. En voici d’ailleurs un extrait : l’arrivée de l’intervenant en zone contaminée au bord de la piscine, là où la fission des neutrons dégage de l’énergie. Cela tombe bien : Gravelines se prépare à entrer dans un cycle de six visites décennales, celles des 30 ans. « Il se tient debout au bord de la piscine, vide. Il se tient debout en combinaison blanche, heaume ventilé et masque à gaz sous le heaume, incapable de franchir le pas qui lui permettrait d’agripper la rampe, de pivoter, puis de poser son bottillon droit en caoutchouc blanc et semelle crantée sur le premier barreau de l’échelle, en prenant bien garde de ne pas s’enrouler ou entortiller le cordon d’alimentation, une fausse manoeuvre qui couperait net l’arrivée d’air au plus mauvais moment, une fois atteint le fond de la piscine ; pour l’instant, en cas d’urgence ou sur un coup de tête, il peut encore agir, arracher le heaume et le masque et respirer librement, mais quinze mètres plus bas, ce qu’un homme sans tenue complète de protection est surtout libre de respirer, ce sont les gaz et aérosols radioactifs libérés par les parois, tritium, cobalt, césium, etc. Il entend la voix derrière lui, à travers le heaume, qui lui donne l’ordre pour la deuxième fois de descendre. Il ne réagit pas. Il se tient debout, tétanisé, sans rumination, sans conflit intérieur. Devant lui, la piscine. Le trou béant d’un sarcophage en béton, vide… Une fosse vide et grise dans son cuvelage d’étanchéité. Il ne peut pas descendre. Il sait qu’il ne pourra pas le faire. Il ne le sait pas à la manière d’un bipède doué de parole et raisonnable, mais d’instinct. C’est un engagement massif de tout le corps contre la volonté, si tant est que la volonté depuis qu’il est entré ici, ait eu son mot à dire. La voix est celle, identifiée, du chef d’équipe qui en appelle à la raison. Les gars de la première vague ont eu leur dose. Maintenant c’est à eux, lui et ses collègues qui attendent le début de l’intervention, habillés comme lui en tenue Mururoa, tant qu’à faire, quitte à devoir y aller, qui voudraient déjà en être débarrassés et s’impatientent. Un homme le double, suivi d’un deuxième, etc., lentement, avec précautions, ils commencent à descendre. Certains avouent qu’ils ne s’attendaient pas à cette réaction de sa part. De ce qu’ils ont vu à l’entraînement, un gars solide. Du genre qui ne lâche pas prise facilement, dans l’endurance du corps et de la tête. D’autres diront qu’ils n’ont pas été surpris. Qu’ils l’ont su avant même qu’il ait franchi le dernier portique de contrôle… » Ailleurs, dans un autre chapitre, page 91, Élisabeth Filhol écrit, d’expérience : « EDF encaisse les profits, vous encaissez les doses, au milieu quelques patrons de la sous-traitance tirent leur épingle du jeu et le tour est joué… »

 
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