samedi, 25 janvier 2020|

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Pas de risque zéro à la centrale de Gravelines

L’inimaginable” peut-il se produire un jour à la centrale nucléaire de Gravelines ? Cette question qui depuis Fukushima en arrive à hanter les esprits des riverains du site, n’est pas à l’ordre du jour, on l’a vu, pour ceux qui vouent à l’industrie nucléaire une foi de charbonnier.

Le directeur du CNPE n’affirmait-il pas récemment devant les journalistes qu’« il y a moins d’une occurrence sur un million (que l’on assiste à la fusion du coeur d’un réacteur) et les conséquences sanitaires sont encore plus improbables. » (VdN du 19 janvier dernier) ? La population japonaise appréciera.

Autres leitmotive : rien à voir chez nous avec Tchernobyl dépourvue d’enceinte de confinement, ni avec Fukushima située en zone sismique. Bref on serait et de loin les meilleurs. On ferait mieux que les électriciens japonais. Donc rien ne peut nous arriver. Voire ? Prenons donc le cas de Gravelines dont le voisinage nous intéresse au plus haut point.

  • Comme Fukushima, cette centrale nucléaire est la seule en France qui rassemble six réacteurs, ce qui d’ailleurs en fait la première centrale d’Europe en puissance installée et la troisième au monde, les deux premières places étant occupées par des centrales… japonaises.
  • Comme Fukushima, Gravelines a été aménagée en bord de mer, qui plus est : sur un polder. Rien ne dit que, comme au Blayais en 1999 elle ne pourrait faire l’objet un jour d’une submersion marine ou ne soit envahie par les eaux venues de l’intérieur qu’au fil des ans les wateringues éprouvent de plus en plus de difficultés à évacuer. Rappelons que la France est très en retard pour la protection de ses côtes par rapport aux Pays- Bas ou à la Belgique (cf. Xynthia en Vendée).
  • Comme Fukushima, Gravelines est implantée dans un secteur à forte densité de population (400000 habitants dans les 20km autour des pôles urbains de Dunkerque et Calais.) Affectée directement comme on le sait par la catastrophe, Tokyo est à 250 km de Fukushima, la distance qui sépare Gravelines de Paris…
  • Comme Fukushima, Gravelines se situe au cœur d’un littoral fortement industrialisé : 13 sites Seveso seuil haut, alors que d’autres sont en projet, en bord de la mer la plus fréquentée du globe, y compris par des cargos transportant des matières dangereuses et demain peut-être par des méthaniers.

    Un tremplin pour le progrès ?

Si à Gravelines on n’a pas connu jusqu’à présent d’incidents majeurs, on aurait garde d’oublier que chaque année la centrale connaît son lot “d’événements” dont l’un des plus significatifs fut récemment, on s’en souvient, le blocage d’un assemblage de combustible usé au-dessus du coeur d’un réacteur. Sa chute, si elle était advenue, n’aurait-elle pas été lourde de conséquences ?

Si a priori cette centrale ne risque guère de subir la conjonction d’un séisme et d’un tsunami comme à Fukushima, rien ne dit que le site ne puisse connaître un jour, comme à Three Mile Island ou Tchernobyl, une grave défaillance humaine, faire l’objet d’un attentat terroriste, et notamment du fait de son ampleur, constituer une cible idéale pour une agression venue des airs. Si l’on ne saurait mettre en doute la conscience professionnelle des agents qui y oeuvrent, la privatisation d’EDF qui s’est accompagnée d’un recours accru à des intérimaires (ils sont 20000 à oeuvrer dans le nucléaire en France), chargés des activités les plus “dosantes” et soumis à des rythmes de travail de plus en plus infernaux, s’est aussi traduite par un recul de la sécurité. Les syndicats dénoncent unanimement cette situation qui risque de déboucher un jour sur de graves problèmes d’exploitation.

Alors évidemment, beaucoup à Gravelines et ailleurs posent la question : le nucléaire présente beaucoup de risques et d’inconvénients, mais malheureusement on ne peut pas s’en passer. Il est vrai que comme la France est le pays le plus nucléarisé au monde, il n’est pas évident de tourner la page du jour au lendemain. Il n’en demeure pas moins – et Négawatt comme Virage Énergie y travaillent – qu’il n’est pas utopique de songer à un abandon progressif du nucléaire.

Comment ? D’abord en menant une politique volontariste d’économies d’énergie par l’élimination sans délai des “consommations extravagantes” : équipements moins gourmands, éclairage public plus sobre, rénovation de l’habitat hors “tout électrique”, etc. Gains attendus : 30 % au moins de la consommation électrique, d’ailleurs de plus en plus chère. Autre piste : “les renouvelables” alimentés par le soleil, le vent, la mer, la biomasse, la géothermie, etc., qui ont permis à d’autres pays aussi modernes que le nôtre de s’affranchir d’une dépendance totale à l’atome. Fukushima, tremplin d’un progrès significatif en France ? Pourquoi pas !
J.S.

 
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