samedi, 25 janvier 2020|

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Retour sur Fukushima : qui va payer ?

L’affaire DSK, l’arrestation de Mladic, les événements de Lybie, de Syrie, du Yemen, etc., ont éclipsé l’onde de choc de Fukushima. Pourtant cet événement majeur est loin d’être soldé ! La contamination est toujours là et l’on commence à parler bilan, chiffres. Éclairage sur cet aspect d’une question dont il n’est pas dit qu’en France, nous ne nous la posions pas un jour.

Le risque a un prix

À votre avis qui va payer la facture astronomique de Fukushima ? Les compagnies d’assurance ? Tepco, l’alter-ego d’EDF au Japon ? Ils vont payer certes, mais très, très partiellement. Par contre l’essentiel de la note particulièrement salée - on parle d’une centaine de milliards d’euros rien que pour dédommager les riverains de la centrale ! - sera imputé à l’État japonais, c’est-à-dire aux contribuables de ce pays.

Eh oui, EDF, Areva, les pronucléaires ne le crient pas sur tous les toits, mais avec le nucléaire on a affaire à une industrie dont les compagnies d’assurance se refusent d’assumer, de beaucoup s’en faut, les risques. Comme l’observe Bernard Laponche, l’un des responsables de “Global Chance”, ancien du Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA) : « si les exploitants des centrales nucléaires étaient financièrement responsables, il y aurait beaucoup moins de centrales. »

En France, tirera-t-on vraiment les leçons de Fukushima, y compris sur le plan économique ? Pour avoir entendu les propos suffisants tenus à Gravelines par le plus haut responsable de l’État, on est en droit d’en douter fortement !

Ça part en vrille

Une fois digéré le choc émotionnel provoqué par la catastrophe qu’on disait inimaginable, force est de constater que le lobby politico-technique n’a guère tardé à renier ses déclarations les plus vertueuses.

Vous avez entendu parler des “stress tests”. Vous savez donc qu’il est question de mettre en examen approfondi partout dans le monde les réacteurs en service, suite à Fukushima. Ils seront auscultés sous toutes les coutures, histoire de voir si, en matière de sécurité, ils sont au top-niveau des normes.

Or au fil des semaines, voire des jours, tout est parti en vrille. Peut-être trop sûrs d’eux, certains pays ont estimé pouvoir se dispenser de cette démarche onéreuse. D’autres se sont dits opposés à ce que les contrôles soient opérés par des experts d’autres pays, à plus forte raison des “indépendants”. D’autres enfin ont décidé que l’erreur humaine, le terrorisme, la chute accidentelle d’un avion devaient être écartés de la nomenclature des possibles défaillances de l’atome et qu’en conséquence il n’y avait pas lieu de s’en préoccuper.

La France fait partie des deux dernières catégories citées. « À chaque accident, note le même Bernard Laponche, les autorités compétentes disent qu’elles vont tenir compte du problème et puis c’est autre chose qui se produit. » Et d’ajouter en substance que les tests de résistance ne seront qu’une tartufferie puisqu’ils vont être réalisés par les exploitants eux-mêmes. Quand on fait de l’auto-contrôle, on n’est pas trop enclin, comme on dit, à chercher la petite bête.

Or, il est sûr que, chez nous en particulier où le parc de centrales vieillit, on aurait tout intérêt à faire montre de rigueur la plus grande pour déceler les moindres défauts de la cuirasse.

Campés sur leurs certitudes probabilistes, les experts tablaient à l’origine sur un accident majeur dans le parc international tous les siècles. Avec Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima, on en est à un problème gravissime en moyenne toutes les décennies ! Dans un hors-série sorti en Mai, Science et Vie relève que dans le même laps de temps, vingt centrales de par le monde ont connu des accidents de niveaux 3 et plus. Dans ce palmarès ne figurent pas tous ceux survenus en URSS avant 1990, les autorités de l’époque ayant décrété le black-out.

Combien ça coûte ?

S’agissant de l’énergie nucléaire, il est de bon ton chez nos grands penseurs officiels, qu’ils soient d’EDF-Areva ou qu’ils siègent au gouvernement, d’insister sur le fait que cette technologie serait une aubaine pour la France.

Le 31 mai dernier, dans le cadre d’une offensive médiatique visant à atténuer l’effet Fukushima et le désengagement amorcé par plusieurs pays, dont l’Allemagne et la Suisse, le ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Éric Besson, énonçait péremptoirement dans les colonnes de Libération : « l’argument selon lequel le coût du nucléaire serait sous-estimé… est fallacieux. » Encore récemment, M. Sarkozy ne déclarait-il pas sans rire que nous payions notre courant 40 % moins cher que nos voisins européens ?

Son coût réel est un secret d’État. Et, en dépit de la loi sur la transparence, la population, qui a vu et voit sa facture d’électricité progresser de façon substantielle chaque année, n’a jamais été mise dans la confidence.

S’il existait, ce prétendu “avantage” ne devrait-il pas doper notre économie ? Il n’en est rien. L’Allemagne, où la production électrique n’est qu’à 23 % d’origine nucléaire (contre 78 % chez nous) est, tout le monde le sait, plus performante sur le plan industriel que la France. Nous continuons d’importer à grands frais toujours autant de pétrole et de gaz. Preuve encore que le nucléaire n’est pas la panacée…

À la vérité - et l’on sort ici du domaine de l’économique pour rejoindre celui de l’éthique - “la bonne affaire”, si tant est qu’elle est avérée, est le résultat d’un tour de passe-passe dont vont pâtir les générations futures. Pourquoi ? Comment ? Tout simplement parce que ce sont nos petits-enfants et arrière-petits-enfants qui vont supporter l’essentiel du coût du démantèlement des centrales parvenues en bout de course. Un coût difficile à évaluer et qui se situerait dans une fourchette comprise entre 78 et plusieurs centaines de milliards d’euros !

Un exemple illustrant la difficulté du calcul : la petite centrale de Brennilis en Bretagne est à l’arrêt depuis 26 ans. Or il faudra au bas mot encore 20 ans pour que son démantèlement laborieux soit achevé. Voilà qui promet pour nos 58 réacteurs encore en service.

Autre “cadeau” pour nos descendants : la gestion des déchets radioactifs, si tant est qu’on y arrive. Qui sait, par exemple, que certains radioéléments, comme le césium 137 ou le plutonium 239 perdureront pendant des milliers d’années.

On ne nous dit pas tout !

 
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