dimanche, 27 septembre 2020|

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Terminal méthanier : quelques mots et quelques chiffres

Quelques mots et le tour est joué. Le président de la République a affirmé la nécessité de la création d’un terminal méthanier à Dunkerque. Cela ne se discute pas. D’autant plus que rien ne semble contredire une autre affirmation : celle de deux des maîtres d’ouvrage (GPMD et EDF) dans leur premier dossier, en septembre 2007 : dans le Dunkerquois, il existe une forte acceptabilité sociale pour un développement industriel durable.

Rien ? Dès le débat public sur ce projet, en 2007 donc, les associations dites “écolos” se sont indignées de tels propos dont les fondements n’ont jamais été précisés.

Rien ? En 2008, une équipe de chercheurs de l’Institut de Mers du Nord (ULCO) a réalisé une étude sur Les risques et pollutions industriels sur le territoire dunkerquois : des perceptions à la “concertation *.

D’une façon générale, les chercheurs craignent les citations déplacées hors de leur contexte. Ils craignent des utilisations abusives de leurs travaux. Nous le comprenons d’autant mieux que cette notion “d’acceptabilité sociale” mise en avant face au projet de terminal méthanier a fort bien pu être un de ces travers. Nous ne nous lancerons donc pas dans des extraits illustratifs d’un propos (celui des associations). Mais, comme les résultats de cette étude sont désormais rendus accessibles à tout un chacun, juste pointer une des conclusions, en incitant à consulter ses nombreux résultats sur Internet http://www.icsi-eu.org/francais/dev...

Les Dunkerquois ne forment pas un tout homogène. Entre l’habitant “ordinaire” et le militant d’une association de protection de l’environnement, en passant par le riverain qui se mobilise à l’occasion, l’élu recherchant le meilleur moyen de concilier développement industriel et amélioration de la qualité de vie, l’ouvrier et le syndicaliste soucieux de sécurité et de la bonne marche économique de son employeur, l’ingénieur de la DREAL vérifiant si les engagements pris par les industriels sont bien tenus, plusieurs regards coexistent sur un objet, le risque industriel, qui s’intègre peu à peu dans le débat public à travers notamment le développement de structures de concertation.

Le rapport des Dunkerquois au risque industriel – au risque d’accident comme au risque chronique comme la pollution de l’air ou le traitement des déchets – s’avère d’autant moins homogène que coexistent, chez la plupart des habitants, l’opinion que les entreprises à risque sont nuisibles à l’environnement et présentent une probabilité d’accident, et l’opinion selon laquelle elles sont nécessaires à l’économie locale, à l’emploi et donc au revenu des ménages. De plus, la conscience du risque peut s’accompagner chez certains habitants d’une réponse psychologique particulière, une mise à distance, un déni, ou, à tout le moins, une relativisation du risque, visible dans l’oubli (ou la non-mise en mémoire) des incidents mineurs se produisant sur l’agglomé-ration, ou, de manière plus subtile encore, dans leur perception du risque dans l’espace. Nous avons en effet constaté que les habitants avaient tendance à considérer, quelle que soit leur zone d’habitation, qu’ils n’habitaient pas dans la zone la plus dangereuse de l’agglo-mération, et, autre illustration de l’euphémi-sation du risque, que les habitants vivant au plus près des usines se déclaraient moins souvent “exposés” que les habitants vivant quelques kilomètres plus loin. (page 125)

Ces observations proviennent d’un sérieux travail scientifique qui, répétons-le, devrait être porté à connaissance de tout un chacun - notamment grâce aux instances de concertation en place localement. Juste évoquer de façon simultanée :

  • l’affirmation faite par des décideurs économiques : une forte acceptabilité sociale…
  • La référence à un développement industriel durable face au projet de terminal méthanier. (En quoi est-il durable ?)
  • L’absence d’informations et de concertations depuis 2008 sur ce projet et ses conséquences.
  • la référence constante à la création d’emplois que font les promoteurs de ce projet.

Lancer quelques mots et aligner des chiffres sur les emplois prévus, cela paraît être forcément objectif. Même si ces chiffres varient au fil des circonstances : 1000, 1 200 personnes employées sur le chantier était-il annoncé en 2007, 1 500 puis 1 850 prévues actuellement sans que l’on dise clairement s’il s’agit de pics d’embauche ou de la somme d’embauches sur 3 ans. Une cinquantaine d’emplois directs, 150 emplois indirects prévus en 2007, le reclassement de salariés de Total en 2010 - sans précision - et enfin : 70 emplois ou 250 emplois directement liés à l’exploitation du terminal ou relevant des professions portuaires…

En revanche, parler de risque industriel à propos d’une entreprise classée Seveso, ce doit être déplacé, hors de propos, presque tendancieux… Et puis quel besoin d’études avec enquête auprès de la population ? Une opinion, chiffres à l’appui, ça ne se discute pas.

* Étude d’un groupe de chercheurs nommé Irénée Zwarterook dans le cadre d’un projet de recherche financé par la FonCSI (Fondation pour une Culture de Sécurité Industrielle). Cahier de la sécurité industrielle 2010-07.

 
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