mercredi, 17 octobre 2018|

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Économie solidaire : une éco-zone offrant d’autres perspectives de développement

Pas franchement content, Louis Monteyne, le président de Bois Environnement Services et de Bâtisseurs d’Économie Solidaire (même sigle : BES tous les deux !), et ce depuis que le gouvernement a décidé de donner un coup de frein au photovoltaïque pourtant bien parti. Chez BES installé sur l’ancienne friche du Borax, rue Joseph Flipo à Coudekerque- Banche, on avait le projet d’installer sur une partie des toitures des hangars une centrale solaire de 2100 m², l’une des plus importantes de France, avec le concours financier de la CUD et celui de la ville précitée. Le projet était sur le point d’être bouclé et puis, patatras ! voilà que tout est remis en cause.

Louis Monteyne n’entend pas baisser les bras pour autant. Il en a vu d’autres. Ancien docker, ce syndicaliste CGT a fait partie comme beaucoup d’autres de la “charrette” des licenciés, suite à la réforme portuaire contestée de 1992. Une dimension environnementale Avec dix de ses collègues, il a rebondi alors en créant Bois Environnement Services, une entreprise qui leur a permis non seulement de créer et maintenir leurs propres emplois, mais également de valoriser, par exemple, le bois des palettes hs le plus souvent jeté comme un vulgaire déchet. Transformée par la suite en Société Coopérative Ouvrière de Production (SCOP) avec la mise en place d’un conseil d’administration intégrant des actionnaires extérieurs, BES a donc mis sur orbite en 2008 un second BES, l’association Bâtisseurs d’Économie Solidaire.

Pourquoi ? « Tout simplement, commente Louis Monteyne, parce que sur la lancée de cette intrusion réussie dans la filière bois, nous avons eu le projet d’ajouter à nos objectifs sociaux, solidaires, une dimension environnementale. » En sorte que la nouvelle association, dont le noyau dur est constitué par la SCOP, a porté et porte le projet de créer sur les friches du secteur une éco-zone. Eco-zone ? Le mot est lâché. Il s’agit dans l’esprit de ses promoteurs et de Cyrille Gaillard qui assume la responsabilité commerciale de l’entreprise, d’élargir la démarche initiale en faisant de la friche coudekerquoise qui s’étend sur plus de deux hectares la vitrine en quelque sorte d’une économie novatrice, a priori créatrice de plus d’emplois que les formules concurrentielles classiques.

Du photovoltaïque à la filière bois-énergie

De quoi serait constituée cette éco-zone ? On y trouverait bien sûr l’installation photovoltaïque déjà évoquée, qui n’est pas abandonnée en dépit des décisions pénalisantes prises en haut lieu. Louis Monteyne estime que, pour pallier le désengagement de l’État, des investisseurs privés pourraient être partants. Outre le fait que cette centrale solaire est un projet d’envergure susceptible de produire 200000 kWh “propres” par an, elle remplacerait des toitures amiantées, ce qui dans une région comme la nôtre aurait une valeur hautement emblématique lorsque l’on sait le prix payé par les travailleurs dans le recours à cette matière désormais interdite d’usage.

Le second “gros” projet, quant à lui, consisterait à implanter sur le site une chaudière bois de 2000 kilowatts dans la droite ligne de l’activité de BES première formule. Outre le chauffage des locaux de l’éco-zone, est envisagée en effet l’alimentation d’un réseau de chaleur connecté sur des sites coudekerquois parfaitement identifiés. Cette solution locale semble ne pas laisser indifférents deux grands énergéticiens qui possèdent une bonne expérience en la matière. Ajoutons que ce projet, qui pourrait créer neuf emplois, renforcerait l’actuelle filière boisénergie qui à elle seule ne saurait suffire à alimenter la chaudière projetée. À cet effet, en liaison avec le Port qui mettrait à disposition plusieurs ha de terrains, serait développée la culture de taillis à très courte rotation (TTCR), en l’occurrence du saule susceptible en trois ans de produire des plaquettes de bois. Un choix de culture et d’usage offrant donc de nombreux avantages en matière d’énergie, de lutte contre l’effet de serre, d’apurement des sols et de création d’emplois.

De l’éolien à l’exploitation maraîchère bio

Autre opportunité que BES entend saisir : la mise en place sur l’ancien site Borax d’une éolienne prototype, de dimensions modestes certes, mais capable de produire bon an mal an plusieurs milliers de KWh. Un tel projet ne souffre pas l’improvisation, on en sait quelque chose sur le littoral. C’est bien pourquoi une mission a été confiée à deux étudiants de l’IUT Génie Thermique de l’ULCO qui étudient, de façon concrète, le potentiel de vent existant sur le site. À cet effet, un mât de mesure a été planté au coeur d’un secteur dégagé afin de recueillir pendant un an les données grâce auxquelles on parviendra au meilleur choix d’implantation. L’entreprise ajoute ainsi un autre maillon à sa chaîne de production d’énergies renouvelables, tout en développant un partenariat avec l’Université du littoral. À noter qu’elle a accueilli cette année 40 étudiants dans le cadre de projets tutorés.

Chez BES, on n’est d’évidence pas à court d’idées. En témoigne la volonté de récupérer les eaux de pluie à partir des toitures des vastes bâtiments existants. Ainsi avec le concours d’une entreprise spécialisée, Temp’Eau, est prévue la mise en place d’un système de canalisations vers une cuve enterrée d’une capacité de 100 m3. À partir de cette cuve pourrait être alimentée une exploitation maraîchère bio, assortie de serres géothermiques, d’un verger pédagogique, d’un rucher. Seul problème : le terrain de la friche industrielle n’est pas exploitable parce que pollué. Solution de repli : un espace de trois hectares tout proche appartenant à Réseau Ferré de France. D’autres fers sont au feu, car chez BES on n’a pas fini de phosphorer. Pour preuves on trouve dans les cartons d’autres projets, sans doute pour le plus long terme : un magasin de l’économie solidaire dans l’esprit des magasins d’usine, un centre de formation aux métiers de l’économie verte avec pour corollaire un groupement d’employeurs, une station de recharge pour les vélos ou les voitures électriques. On y reviendra plus tard. Susceptible d’offrir des réponses concrètes aux préoccupations pressantes du moment : économie, emploi, environnement, l’économie solidaire, on le voit, ne manque pas d’idées, ni de ressources.
J.S.

Photo : Cyrille Gaillard et Louis Monteyne (à gauche)

 
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