mercredi, 14 novembre 2018|

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Plaidoyer pour que vivent les watergangs (chemins d’eau) en Flandre Maritime

Vous connaissez peut être déjà cette petite ferme vivrière située en Flandre Maritime, sur la commune de Brouckerque, au lieu-dit du “Zuydt West Houck” (le coin du Sud ouest). Y sont développées des activités d’accueil pour tous les publics, de sensibilisation aux questions de la biodiversité, du tri des déchets, de la pollution, de l’alimentation et de la santé… On s’y exprime aussi de diverses manières et en toute liberté.

Cette petite réserve naturelle est le fruit du travail de nombreux bénévoles, adhérents et salariés. Outre les activités d’éducation à l’environnement, des travaux d’entretien manuel de restauration de zones humides et de préservation du patrimoine y sont réalisés.

Vous qui avez peut-être emprunté les chemins coutumiers de la ferme et donc le chemin du « Snouck » (le brochet) qui longe un watergang qui porte le joli nom de : “Pawdyck” (le fossé du Paon), vous seriez aujourd’hui bien en peine de le reconnaître : il gît sur toute sa longueur et sa largeur, sous une épaisse et noire couche de vase : plus de roseaux, de plantes, ni même d’oiseaux.

L’institution des “wateringues” est intervenue sans crier gare, sans avertir et encore moins nous consulter, dans le cadre de son travail de curage des fossés et des watergangs. Cet entretien (tous les cinq ans) est certes indispensable pour éviter les inondations de ces terres basses d’anciens polders…

Un désastre pour la faune et la flore

Sauf que, depuis les vingt ans vécus à cet endroit, le niveau des eaux a fortement diminué, l’abreuvoir d’antan ne peut plus servir, le pompage, (autrefois éolien et régulé par les “éclusettes”*) est devenu systématique, en toutes saisons, pour permettre aux grosses machines des grands exploitants agricoles de passer dans leurs champs par tous les temps, et tout cela à grand renfort d’électricité… nucléaire bien sûr !

Autour de la ferme, les terres basses, inondables en hiver, ont également été rehaussées à grand renfort d’engins de BTP et de terres venues d’ailleurs, (on ne sait trop d’où d’ailleurs !), sauf qu’elles sont pleines d’immondices, plastiques, sacs, bouteilles et autres véritables “ordures”…

L’entretien des watergangs se fait également avec une grue à “chenillettes” avec en prime arrachage des arbres des talus, faucardage à ras des phragmites et des roseaux. Inutile de vous dire le désastre que cela provoque sur la faune et la flore de ces cours d’eau qui devraient regorger de vie.

Il n’y a pas si longtemps, c’était un coin de pâtures humides, inondables l’hiver servant de zones “tampons” en cas d’inondations et accueillant une foule innombrable d’oiseaux migrateurs. Les saules têtards et les haies encadraient les bords de watergangs et de pâtures, abritant de nombreux petits mammifères sauvages et évitant l’érosion des sols.

Malgré tous les textes de loi sur l’eau, malgré toutes les recommandations du Plan Local d’Urbanisme qui classifie ce lieu comme “zone humide” à préserver et ce watergang comme “corridor biologique” à respecter, rien n’a été fait ni même discuté afin de traiter avec plus de respect cette zone pourtant si riche en biodiversité… avant que la grue ne passe.

Aucune concertation avec l’association n’a été envisagée, alors que depuis vingt ans, sans aide d’aucune sorte, nous nous battons pour entretenir de manière écologique et économique les berges de ce watergang.

Nos méthodes sont traditionnelles, sans apport de machines : des scies, des bras, une tronçonneuse ou deux, des chèvres et des ânes pour entretenir la berge, des saules pour maintenir les talus et “pomper” l’eau, des roseaux pour abriter une faune multiple, que nous faisions découvrir à un public de tous horizons, conquis par la beauté du site, sa richesse en biodiversité et son histoire.

Combien de temps faudra-t-il attendre avant de pouvoir retrouver de l’herbe, des roseaux, des oiseaux sur ce chemin ? Combien de temps encore avant de pouvoir s’y balader avec les enfants des écoles en compagnie d’un âne ?

Tout le travail est à refaire

Et bien voilà, c’est fait : au nom d’un service public, sans nous prévenir, le watergang est “curé”. Le chemin est recouvert d’une énorme couche de boue pas propre du tout, (au vu des pesticides et autres produits épandus sur les champs voisins), remplie de poissons morts. Plus aucun roseau ni aucune végétation, mais des tonnes de boue que nous sommes dans l’incapacité ni d’évacuer, ni d’étaler.

Tout le travail de ces dernières années est à refaire : cheminement pour le public, zones à brouter, aires de contes et de repos… Aucune compensation, ni discussion n’ont été possibles, nous ne touchons aucune aide, contrairement aux voisins qui sont payés pour laisser une “bande enherbée” de l’autre côté de ce même watergang.

À ce jour, le chemin est recouvert d’une couche de vase épaisse contenant tous les résidus des traitements chimiques des champs alentour. La vase a recouvert le cheminement du public et toute la végétation a totalement disparu. Nous avons procédé avec des bénévoles et des enfants au sauvetage de nombreux poissons pris au piège mais une quantité énorme est restée sur la berge. C’est un spectacle désolant.

Où sont les écologues, les urbanistes qui ont rédigé ces textes si vertueux de “trame verte et bleue” ? Ne peuvent-ils pas se déplacer sur le terrain ? Ne peuvent-ils pas s’assurer que leurs recommandations sont appliquées ou au moins discutées par les instances comme les wateringues chargées de l’entretien de ces zones ?

Nous ne constatons sur le terrain aucun soutien, aucun travail à l’échelle communale, aucune reconnaissance du travail accompli par les petites structures telles que la nôtre. C’est désespérant et désolant pour l’avenir. A.D.

Association La Ferme des ânes

* “les éclusettes” : « L’Aa prenait sa source à Fauquembergues, et formait de Calais à Nieuport un véritable delta, dont la branche principale, la Colme, était greffée sur l’Havendyck. Si les cours d’eau, en centralisant les eaux, permettaient l’assèchement de l’arrière-pays, ils ne résolvaient pas le problème du flux et du reflux de la mer. Les écluses ont résorbé cette carence et ont conféré aux canaux une utilité supplémentaire. Elles jouaient un rôle d’irrigation car, en fermant les portes avant le reflux, les eaux gonflaient les canaux principaux et remontaient dans les terres par les watergangs et les fossés reliés aux grands axes, donnant à chaque champ le degré d’humidité nécessaire à sa culture. Fossés et watergangs renforçaient cette action grâce à l’existence de petites “éclusettes” et drainaient ainsi efficacement la plaine maritime qui a pu s’orienter vers l’agriculture et l’élevage, nécessaires à une population croissante. » Extrait d’Hommes, terre, espaces en Flandre maritime au Moyen âge de S. Cuvelier

Nous ne saurions trop vous conseiller la lecture de Paysage de Flandre jadis et aujourd’hui ; de la pauvreté dans la verdure à la surabondance dans la grisaille, édité par le conservatoire botanique de Bruxelles.

 
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